« Why are you eating so healthy everyday ? «  Telle est la question exacte de M., 5 ans, posée au lunch time aujourd’hui,tandis qu’elle   s’empiffrait de salamis pris en sandwich entre deux tranches de pain de mie. Sans aucun doute, elle faisait référence à mon bol rempli deveggies. Je suis certaine qu’elle n’a jamais vu autant de variété de légumes dans une même assiette et pour un même repas.

Certes, depuis mon arrivée dans ma famille d’accueil j’ai droit à des remarques humoristiques sur le fait que je mange « trop healthy« , mais la réflexion de M. m’a achevée. En rire ou m’inquiéter, j’ai choisi la deuxième option.

Je savais qu’en venant vivre aux Etats-Unis j’allais être exposée à la junk-food, mais le fait que manger des légumes tous les jours soit un sujet à rire me laisse stupéfaite. Dès le départ le père m’a dit qu’il ne mangeait pas de légumes. Il l’a dit certes avec un grand sourire et sur un ton humoristique, mais voyez vous c’est le type de réflexion drôle à prendre au premier degré. Soit. Quant à la mère, elle mange parfois des légumes car elle essaye sérieusement de perdre du poids. Car oui, passé un certain âge ça devient plus difficile de garder la ligne sans une bonne hygiène alimentaire. S’agissant des frères ainés, pas de trace de légumes non plus, ou du moins pas lorsqu’ils mangent à la maison (j’ai vu un truc vert dans leurs sandwich achetés au Subway).

Je savais que ce n’est pas aux USA que j’allais être soumise au régime alimentaire de nos voisins nordiques, néanmoins j’espérais tomber sur une famille un peu plus soucieuse de son alimentation surtout avec un enfant si jeune.  Alors oui, je me plains de la nourriture !  Mais attention, pas du type de plaintes que l’on a habituellement lorsque l’on voyage. – Du genre: « Mais c’est quoi ce pain ?  »  « Quoi ? I ln’y a pas de boulangerie ? ». Ces remarques sont beaucoup trop classiques pour les US et puis finalement, il faut l’avouer, on s’y fait quand même… Quitte à cuire son pain hebdomadairement comme j’ai pu le faire en Angleterre. Ben oui, entre le pain de mie ou la baguette salée et poivrée, j’ai fait mon choix: cuire mon propre pain 😀  Alors non, non et non, pour les Etats-Unis, il faut ajouter à ces plaintes banales des plaintes d’un tout autre niveau.

Lorsque ma Hostmom m’a expliqué pourquoi il ne faut donner que du lait bio à la petite je suis restée sans voix ! Ce n’est un secret pour personne qu’aux USA on gave le bétail d’hormones de croissance, mais vous savez quoi ?  Chez les petites filles qui sont nourries à ces « saloperies » cela a pour conséquence d’accélérer l’augmentation mammaire très tôt, et parfois même avant la puberté. Elle m’a assurée que cela arrivait beaucoup trop fréquemment ici ! J’étais sonnée. Je ne savais pas quoi dire ! Moi qui ai décidé de suspendre/restreindre drastiquement ma consommation de viande ici aux US pour des raisons sanitaires, je me voyais également contrainte de restreindre ma consommation de produits laitiers. Certes, ce n’est que la conséquence logique de la raison qui me pousse à ne pas manger de viande, mais pour moi qui suis accro au fromage ça risque d’être vraiment difficile. Pour le moment je n’ai pas encore touché au fameux lait. Je prends mon petit-déjeuner lorsque la mère est partie et me sert en douce du nectar des dieux. Mais comme M. ne boit pas de lait tous les jours (ou du moins pas celui qui est dans le frigo), cela va être difficile de me ravitailler fréquemment en organic milk. Je crains de devoir un jour préparer mon porridge avec de l’eau… Dure la vie.

Donc pour résumer, ici le repas se résume en quatre temps distincts, voire plus, vous pouvez multiplier le temps de snack autant de fois que vous en avez envie. Pour commencer, ici ce n’est pas un petit-déjeuner que l’on prends mais littéralement un « break fast ». Soit juste une boisson chaude avalée entre deux coups de brosse, car oui, il faut insister sur la rapidité du break. Au lunch time ? Sandwich ou hamburger. Snack ? Chips ou autres sucreries. Dinner ? Viande et féculent. Au dessert ? Des bonbons ! Pour ce dernier aspect, heureusement que j’ai été prévenue avant mon arrivée. Mais ça fait quand même drôle de le voir en réalité.

Récemment j’ai discuté de cet aspect alimentaire avec une au-pair sud-africaine chez qui j’ai amené M. pour un playdate. Elle m’a avouée qu’elle avait également du mal avec la nourriture et qu’elle est pratiquement la seule à se « gaver » de légumes. Mais heureusement pour elle, ses hosts se font parfois livrer des légumes frais. Plus original, je connais une au-pair française qui a le privilège d’être chez des hosts qui ont un potager et de pouvoir piquer des légumes frais pour son repas. Mais comment mon Host peut-il survivre sans légumes ?!  Peut-être trouverai-je la réponse dans la science. Les américains victimes de transmutation génétique ? lo_Ol. Désolée s’il y a des scientifiques qui me lisent… Je ne sais pas de quoi je parle.

Nan mais sérieusement, c’est de la folie ici et ce n’est pas fini !  Devinez quoi ? Même lorsqu’il y a des fruits ou des légumes on a encore de quoi se plaindre ^^ Car oui, avoir des mûres qui font la taille d’une fraise et des fraises qui ont la taille d’abricots, j’ai de quoi présenter mes sincères condoléances à mon ancienne alimentation de campagnarde. Adieu aux pommes et salades de mon jardin, adieu aux framboises juteuses de mon père fraichement cueillies de ses mains en guise de dessert, adieu aux oeufs frais livrés tous les vendredis matin par une fermière de mon village, adieu à ma bonne viande qu’on allait acheter directement dans une ferme du Sundgau,…adieu, adieu !

Mais bon, tout ça fait partie du package de l’american dream et je l’accepte 🙂 Un peu de soupe aux hormones par-ici -slurp, slurp-, un peu de sodas diet douteux par-là – glou-glou, glou-glou. Absolutely delicious ! De l’oestrogène en brique en veux-tu ? De la somatrophine bovine  en voilà !  « Welcome to the United States  » m’a-t-on dit 🙂

*MISE EN GARDE* Ce que je viens de décrire n’est que l’expérience que je vis au sein de MA famille d’accueil. Chaque famille est différente et je sais qu’il y a des américains qui veillent à manger équilibré. J’ai juste la merveilleuse opportunité de pouvoir vivre à 2000% le cliché de l’american way of life afin de rendre mon séjour plus authentique -si, si-  😉  S’agissant de la viande, ma famille achète parfois du poulet certifié « sans hormones », donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes 😀