Hier soir aurait dû être un dimanche comme un autre, je m’apprêtais en effet à lire quelques pages du roman qui m’accompagnerait toute la semaine avant le coucher. Ce soir-là c’est En attendant Bojangles qui avait ma faveur. Encore toute « retournée » par ma précédente lecture – Kinderzimmer, par Valentine Goby (la chronique arrive bientôt) – ce bouquet de prose confectionné par Olivier Bourdeaut, et offert au public à la rentrée littéraire de janvier 2016, me semblait être une bonne transition pour un retour au monde contemporain. Les flots de mots élogieux en sa faveur étaient le présage d’une navigation douce et paisible entre des lignes qui ondulent sur le rythme de Mr Bojangles de Nina Simone.

Dès les premières pages, les premiers mots, j’ai été envoûtée par les notes singulières émanant des personnages. Il y a le père blagueur mais qui se plie avec sérieux aux caprices de son épouse, une créature fantasque sans nom qui brille comme un diamant attirant tous les regards. Entre eux il y a le fils, candide spectateur du tourbillon loufoque dans lequel toute la famille est aspirée. D’autres personnages vont également égayer ce trio ; l’on pense ainsi à Mademoiselle Superfétatoire, une grue cendrée rapportée d’un voyage sur le continent Africain, et à l’ami sénateur, affectueusement surnommé l’Ordure, toujours présent dans le meilleur comme dans le pire.

J’ai été tellement happée par cette histoire « sans queue ni tête » que je ne pouvais pas m’arrêter, comme si la folie s’emparait également de moi, me faisant ainsi oublier le réveil difficile qui m’attendrait le lendemain.

Deux heures trente et deux yeux humides plus tard, je referme le livre une larme encore tiède réchauffant ma joue. Beaucoup de choses m’ont émue tout le long du roman. Il y a d’abord le récit sincère et innocent du fils qui évite au roman de sombrer dans le pathos. Mais il y a aussi la prose poétique du père, que j’ai fortement apprécié, lorsque celui-ci fait le récit de sa rencontre et de son histoire avec sa femme. Ces deux hauteurs de vues allègent le récit d’une note grave, le thème en toile de fond étant déjà porteur d’une profondeur sombre.

Merci à Olivier Bourdeaut pour ce splendide roman qui nous dépeint avec humour, finesse et poésie la réalité à laquelle peut ressembler ceux qui vivent avec une personne malade mentale ! Ce livre a été un vrai coup de cœur !

« Le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeautée d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence. »p.36

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Ouvrage : En attendant Bojangles, par Olivier Bourdeaut. Editions Finitude. Grand Format, 15,50€

Date de parution et nombre de pages : 7 janvier 2016, 160 pages.

Distinctions littéraires : Prix France Televisions, Grand prix RTL-Lire, Prix du roman des étudiants France-Culture-Télérama

Quatrième de couverture : « Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. 
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. »

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En attendant Bojangles