Dans Grande Section, Hadia Decharrière nous raconte son enfance passée entre la Syrie, le sud de la France et la Californie. Ce roman puise sa genèse lors de la rentrée 2014 lorsque la narratrice accompagne sa fille qui entre en grande section. Pour l’auteure, la grande section de sa fille « sera ce qu’elle est supposée être, la récré avant le CP, l’inspiration avant le plongeon, le calme avant la tempête. ». Celle-ci a en effet été privé de cette récré et l’on comprend pourquoi à la fin du roman. Tout au long du récit, Hadia déroule les souvenirs de son enfance.

Que reste-t-il de celle-ci ? Ce premier roman rédempteur revient sur l’enfance d’Hadia Decharrière au travers de deux thèmes phares : le déracinement et la perte/l’absence d’un parent.

 

Qui est Hadia Decharriere ? Le thème du déracinement dans Grande Section

Dans cette partie, l’auteure renvient sur ce qu’elle appelle « la période syrienne et [les] réminiscences cannoises ». La question de l’identité, surtout lorsque l’on est issu de différents berceaux géographiques, est ici prégnante. Comment se définit-on lorsqu’on a vu le monde dans un endroit que l’on connait à peine, que l’on a grandi sur un autre continent que celui-ci et que l’on parle anglais avec l’accent d’un Etat de l’Ouest américain ?

C’est ainsi que, comme le dit si bien l’auteure, « ça devient compliqué quand les gens me demandent d’où je viens. ».

En quelques paragraphes, la narratrice brosse ainsi les pensées et impasses auxquelles l’interrogée fait face lors de la fameuse question des origines.

« Je ne peux pas dire que je suis française c’est incomplet, ni je suis syrienne parce que c’est faux, alors j’ai ma phrase toute faite que je prononce d’une profonde inspiration Je suis française… ».

Loin d’assouvir la curiosité malavisée de l’intéressé, cette phrase toute faite, tel un credo, n’est pourtant que le prologue à de longues explications « qui ne font que mettre en lumière les grandes complications de [l’] enfance » de la narratrice. Car lorsque l’on s’appelle Hadia Decharrière, française d’origine syrienne mais qui n’est pas née en Syrie, les questions sur l’origine sont loin d’être épuisées !

Tout naturellement, cette altérité s’offre à elle de façon plus silencieuse mais inévitable, notamment lors du premier contact avec le pays d’accueil. Elle revient ainsi à sa période californienne où, découvrant la gastronomie primaire des américains, elle doit se nourrir quotidiennement de nourriture aussi improbable que peu ragoûtante. Ce passage, qui m’a beaucoup fait sourire, n’est pas sans me rappeler ma propre expérience Outre-Atlantique. Et je ne peux qu’approuver la réflexion de l’auteure; aux Etats-Unis « on n’a jamais besoin de forcer le trait, le médian est d’emblée démesurée. ».

Cette première partie est bien évidente bien plus riche que ces deux points que je viens de relever ! Car c’est au travers de la singularité de son expérience que l’auteure nous partage de nombreuses autres interrogations universelles auxquelles doit faire face le migrant, l’expatrié.

 L’absence permanente du père

Dans cette partie Hadia Decharrière revient sur la perte de son père alors qu’elle n’a que six ans. Cette perte intervient lors de ce qu’elle nomme « la parenthèse américaine ». Son écriture soyeuse et ardente débobine tous les souvenirs ayant trait à ce père mort jeune. De la villa cannoise, au retour à Damas, pour terminer sous le soleil cuisant de San-Diego en Californie, Hadia Decharrière tentera de recomposer le puzzle de sa mémoire afin de reconstituer les évènements précédant la fin. Elle reconnaît que sa mémoire est « morcelée, usée par le temps qui passe, [ses] souvenirs [sont] limités à ce que peut rationnaliser une enfant de six ans ».

« Qu’un adulte daigne se manifester et se remémorer tout cela pour moi, qu’on m’aide à accéder à cette période de ma vie ».

C’est l’ex-mari de sa tante paternelle qui l’aidera à faire la lumière sur la chronologie de cette « parenthèse américaine ». Même s’il reste de nombreuses questions sans réponses, Hadia Decharrière va toutes les coucher sur le papier comme pour inviter le lecteur à la réflexion.

« Je me suis toujours demandé quelle serait ma réaction si on m’annonçait ce qui allait me tuer, et quand. La vie perd-elle tout son sens quand on apprend qu’elle nous abandonne ? Est-ce qu’on sait, au plus profond de soi ? L’annonce de sa maladie a-t-elle en quelque sorte soulagé mon jeune homme de père ? ».

C’est ainsi sur un récit libérateur que s’achève le premier roman de Hadia Decharrière. Grande Section a été pour moi une belle lecture, rendue agréable par l’écriture fluide et cathartique de l’auteure. Ce récit nous interroge sur des thèmes omniscients dans notre société et c’est ce qui fait sa force.

Pour compléter cette chronique et si vous voulez en savoir plus sur l’auteure je vous invite à lire celle réalisée par Agathe.

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Grande Section, par Hadia Decharriere

L’ouvrage : Grande section, Edition JC lattès, paru le 29 mars 2017, 17€

Quatrième de couverture : « Ma fille n’aura pas la même grande section que moi. Pour elle la grande section sera ce qu’elle est supposée être, la récré avant le CP, l’inspiration avant le plongeon, le calme avant la tempête. »

Septembre 2014, une mère accompagne sa fille le jour de sa rentrée. Subitement, ses 6 ans se rappellent à elle : de septembre à juin, elle revit ces quelques mois entre la Syrie et les États-Unis, ses souvenirs de France, ces instants où tout a basculé.
Que reste-t-il de l’enfance ?

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Quatrième couverture de Grande Section, d’Hadia Decharriere

 

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