Jeanne, protagoniste principale du roman Il n’est jamais plus tard que minuit, vient de perdre son mari, Marco, et ses deux filles, Gabriela et Serena, lesquels ont trouvé la mort lors d’un tragique accident d’avion. Fuyant sa vie parisienne, où elle a trouvé refuge, après l’accident, dans la chambre de bonne appartenant à sa mère, Jeanne décide un jour de prendre un billet ouvert pour la Birmanie, précisément à Rangoun. Dans ce pays qui a été leur dernière résidence commune, Jeanne veut affronter les fantômes du passé et retrouver l’endroit où elle a perdu les siens. Après avoir vécu deux ans en Birmanie, ce voyage en solitaire est l’occasion pour Jeanne d’ouvrir les yeux sur un pays dont elle ne connait que le faste et la vie facile de la vie d’expatriée…. c’est une occasion unique, l’expérience de toute une vie, d’un voyage à la rencontre d’elle-même.

De celle qui vivait paisiblement dans un pavillon chic des abords du lac Inya, dans la belle Rangoun, il ne reste plus rien. Rien qu’une âme meurtrie dissimulée sous une enveloppe corporelle, physique, reliquat de son humanité face à la désertion des corps de son mari et de ses enfants. Ce corps qui vagabonde de ville en ville, qui s’ouvre à l’inconnu, à la Providence, et défiant les lois élémentaires des recommandations des voyageurs, c’est celui de Jeanne qui nous emmène avec elle dans un périple fascinant à la rencontre de la Vie.

 

Mon avis sur le premier roman d’Isabelle Never

 

Un titre issu d’un proverbe birman et une auteure globe-trotter qui nous raconte la Birmanie sous le regard du personnage de son premier roman ? Il ne m’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité et je ne regrette pas d’avoir fait ce voyage !

Avant même d’entrer dans le récit du périple de Jeanne, j’ai d’abord été enchantée par l’écriture d’Isabelle Never ! J’ai été tout particulièrement séduite par l’intensité de son écriture, sans que celle-ci ne perde en fluidité. Dès les premières lignes j’ai ainsi su que je m’épanouirai dans la lecture de ce roman et le nombre de pages cornés (plus d’une dizaine) en dit long sur mon enthousiasme.

S’agissant de l’intrigue je ne m’attendais pas vraiment à une histoire classique avec un dénouement final. Comme le suggère la quatrième de couverture, Il n’est jamais trop tard que minuit est « le portrait d’une femme qui, sans oublier ceux qu’elle a perdus, retrouve doucement goût à la vie, par un travail intime face à la douleur ». Même si j’ai été incapable de me lier au personnage de Jeanne (du moins concernant son deuil), je me suis toutefois identifiée à « l’esprit » de son voyage, telle une vagabonde, en quête d’une chose invisible mais irrésistible. Sa « non-quête » va l’amener à faire des rencontres et/ou des retrouvailles aussi imprévisibles qu’enrichissantes, tant pour elle-même que pour le lecteur. Je pense ainsi tout particulièrement au père François, l’ami prêtre parisien, dont les échanges furtifs, toujours teintés d’une bienveillance paternelle, ont été pour moi une source d’inspiration.  L’on pense également à Thura, le Birman rencontré au hasard d’un mauvais bus pris avec nonchalance, dont le passage éclair dans la vie de Jeanne ne le rend pas moins attachant. Au contraire, la rencontre avec Thura nous rappelle cette urgence de vivre l’instant présent, de profiter de ce que la vie nous offre sans nous encombrer du désir de posséder l’autre. Il y a également Kathryn, Ma Thida, Ko Ko Oo, et bien d’autres personnages qui vont jalonner le parcours de Jeanne.

Concernant la forme du roman, celui-ci alterne entre des digressions racontant la vie parisienne de Jeanne avant son départ et le récit de son périple présent en Birmanie. Le choix de l’alternance apporte une densité au récit et nous permet de mieux cerner Jeanne et son entourage proche (ses parents, sa sœur, etc…).

 

Le mot de la fin….

Il n’est jamais plus tard que minuit est à mes yeux un premier roman globalement réussi ! Même en l’ayant lu d’une traite j’ai pu le savourer page après page, mot par mot, sans qu’aucune somnolence ne me guette ! Je regrette néanmoins la tournure de la fin – qui semble céder à une certaine tendance actuelle dans le développement personnel- mais je peux comprendre que cette étape ait pu être nécessaire dans la reconstruction de la vie de Jeanne. Dans le même registre, j’ai eu du mal à saisir l’apport des paroles rapportées par Ko Ko Oo concernant les volontés du défunt mari pour Jeanne… Hormis ces deux aspects j’ai dans l’ensemble passé un agréable temps de lecture !

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« Ma vie de semi-nomade m’avait appris, du moins je le croyais, à me libérer de ces enveloppes superficielles, à ne garder que le cœur. Chaque départ est un abandon, chaque étape un dépouillement. Il m’avait fallut des années pour comprendre que des cases – castes ? – dans lesquelles les hommes se réfugient sont trop petites pour les contenir. La mort des miens m’avait fait découvrir en quelques heures qu’elles explosent quand l’être implose, qu’elles se dissolvent avec lui, qu’elles perdent leur sens quand sa vie n’en a plus » p.38

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Ouvrage :  « Il n’est jamais plus tard que minuit », de Isabelle Never. 285 pages.
Editeur : Carnets nord
Genre : Littérature générale
Parution : 20 avril 2018
Prix : 19€