Dans « L’autre qu’on adorait« , Catherine Cusset revient sur la vie de son ami feu Thomas. Ce dernier est un élève brillant et cultivé. Néanmoins, sa vie ne sera jamais à la hauteur de son érudition, ni de ses ambitions. Son non admissibilité à l’Ecole Normale Supérieure, qui sera vécu pour lui comme un échec cuisant, est la première d’une longue série de déceptions. Il est pourtant, aux dires de son entourage, le plus brillant de tous. Personne ne comprend. Mais lorsqu’on a manqué la lune, on ne peut que retomber dans les étoiles. Il sera ainsi admis à Science-Po. La réussite à ce concours n’est qu’une simple formalité pour cet aspirant normalien.

Après ce passage rue Saint-Guillaume, Thomas s’envole à 23 ans pour New-York. Il est admis à Columbia University pour un doctorat. Sur place il va retrouver des visages familiers : Catherine, la narratrice qui est aussi son ancienne amante. Mais il y a aussi Sébastien et les autres.

A l’aube de la trentaine, la fortune sourit à Thomas. De Paris à New-York, il fait partie de la crème. Fort d’un CV prestigieux, un avenir à l’abri de l’incertitude lui tend les bras. Cette trajectoire rectiligne va néanmoins se briser. Bientôt la vie de Thomas ne sera plus qu’une succession de points d’interrogation.

Quand on a été aussi haut on ne peut que tomber bas.

Mon avis sur le nouveau roman de Catherine Cusset

La construction narrative du récit m’a déroutée au début. En effet, l’emploi permanent du « tu » est inhabituel et peut être pénible. Néanmoins, l’écriture de Catherine Cusset est si fluide et belle qu’on se laisse facilement entraîner par l’histoire de ce garçon érudit et bon vivant.

S’agissant de l’intrigue, j’ai été émue par l’histoire de Thomas. Ce récit n’est pas seulement le sien, mais également celui de tous les Thomas anonymes qui peinent à trouver leur place dans la société actuelle. Combien sont-ils ? Nul ne le sait, mais les nombreux témoignages de reconnaissance reçus par l’auteure sont le témoin que l’histoire de Thomas n’est pas un cas isolé.

J’apprécie ce genre de roman qui aborde des sujets complexes dans un langage clair, accessible et qui ne porte aucun jugement. Ici la maladie de Thomas est évoquée simplement, sans besoin de théoriser. Sa maladie se comprend au travers de ses actes et de ses douleurs. Elle est également la réponse à ses échecs et, inéluctablement, à sa mort.

L’ouvrage : L’autre qu’on adorait, par Catherine Cusset, Gallimard, collection Blanche, paru en août 2016. 20€

Quatrième de couverture : «Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue Velvet, Twin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d’amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable.
Ce n’est pas un film. C’est ta vie.»

L’autre qu’on adorait fait revivre Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant, puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à trente-neuf ans aux États-Unis. Ce douzième roman de Catherine Cusset, où l’on retrouve l’intensité psychologique, le style serré et le rythme rapide qui ont fait le succès du Problème avec Jane, de La haine de la famille et d’Un brillant avenir, déroule avec une rare empathie la mécanique implacable d’une descente aux enfers.

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Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait

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