Primé en Italie par le prestigieux prix Strega 2017 (le plus haut prix littéraire italien), le roman Les Huit Montagnes, de Paolo Cognetti, a débarqué en France fin août dans le wagon des livres de la rentrée littéraire. Ayant une certaine appétence pour la littérature italienne j’ai tout de suite été attirée par ce roman riche en promesses dès l’instant où il m’a été présentée. C’est donc non sans appréhension que j’ai entrepris sa lecture ce dimanche. 

 

Les Huit Montagnes, un récit contemplatif sur la Nature

Le roman Les Huits Montagnes nous raconte l’histoire de Pietro, un jeune garçon milanais de onze ans qui fait la rencontre de Bruno, un bonhomme de son âge qui habite dans une des montagnes du Val d’Aoste. Habitués à la solitude, les deux garçons vont dans premier temps s’ignorer avant de faire connaissance. Très vite les jeunes gens vont s’apprivoiser jusqu’à devenir inséparables. Le montagnard, Bruno, fait figure de meneur dans cette amitié improbable. C’est lui qui entraîne Pietro là-haut dans la montagne, dans des espaces inhabités ou encore au bord du torrent, lesquels deviendront leur terrain de jeu favoris.

L’été de leur onze ans marque ainsi le début d’une amitié saisonnière, fixe, qui commence aussitôt les premières chaleur du mois juin installées, avant de se terminer fin août, lorsque les nuages gorgés d’eau annoncent le début d’une nouvelle saison. C’est aussi à cette période, marquée par le début de l’automne, que Bruno doit refaire le chemin inverse afin de retourner en ville, là où il est scolarisé. Lui, le citadin acclimaté à la vie en montagne, ne vit que pour l’été, pour les pâturages de son ami resté dans l’alpage. Tout au long du récit on retrouve ainsi les deux amis chaque été, pour une nouvelle saison d’amitié, de la préadolescence jusqu’à l’âge adulte.

A côté de cette histoire d’amitié, Paolo Cognetti a également mis en avant la relation de père et fils, entre Pietro et Giovanni ; une histoire filiale pudique où les silences en disent plus que les mots.

 

Mon avis

Lu d’une traite, je me suis facilement laissée porter par les nombreuses descriptions des paysages de la montagne. La tiédeur du soleil alpin, le grésillement du feu de bois, la fraîcheur de la forêt, l’odeur sucrée du pissenlit, etc… je les ai ressentis sur ma peau et humés jusqu’à la dernière page. A l’appui d’un champ lexical alpin riche et précis,  Les Huit Montagnes m’ont transportée dans le Val d’Aoste, là, avec Pietro et Bruno. Bien plus que l’histoire d’amitié des deux hommes et l’histoire filiale entre le père et le fils, c’est le récit contemplatif de la Nature qui m’a le plus satisfaite. A cet égard, cette lecture m’a rappelée  le livre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, un autre récit contemplatif qui se déroule dans les steppes sibériennes. Si vous aimez la montagne ce récit est fait pour vous ! A défaut d’apprécier les randonnées alpines, je mettrai ma main à couper qu’il vous donnera envie d’enfiler des chaussures montantes pour faire un tour en forêt !

S’agissant de l’intrigue, ce roman est non seulement un hommage à l’amitié entre deux hommes que tout semble opposer, mais c’est également un hommage au temps perdu qui passe et au temps perdu retrouvé. Ce temps qui coule comme un torrent de montagne, lequel trouve sa source là-haut, invisible sous le glacier. En bas dans la vallée, quand le récit touche à sa fin, l’on comprend alors cette phrase énigmatique  en tête de la quatrième de couverture : « quel que soit notre destin, il habite les montagnes au-dessus de nos têtes. ». 

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Dans un langage brut et subtil à la fois, Paolo Cognetti nous livre un roman poétique aux allures de conte philosophique.

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Ouvrage :  « Les Huit Montagnes », par Paolo Cognetti, 304 pages (titre original : Le otto montagne)
Traductrice : Anita Rochedy
Editeur : Stock – collection La Cosmopolite 
Genre : Roman
Parution : 23 août 2017
Prix : 21,50€
A déguster avec : des bonbons au caramel
En écoutant :  My Wish – Rascal Flatts