Ouvrage : Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan. Format poche. 

Date de parution et nombre de pages : 30/01/2013, 408 pages

Distinctions littéraires : Prix du roman Fnac 2011  – Prix Renaudot des lycéens 2011  – Prix roman France Télévisions 2011 – Grand prix des lectrices de Elle 2012

Quatrième de couverture : « Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire,
l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. D. de V.

Il fallait oser pour s’attaquer à un sujet déjà investi par les plus grands écrivains : le livre de ma mère. Et, pourtant, D. de Vigan a apporté sa touche originale, en plus de son talent à maîtriser un récit. […] Ce roman intrigue, hypnotise, bouleverse. Il interroge aussi. Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire.

Malédiction familiale en même temps que questionnement passionnant sur les rapports entre l’écriture et la vie, [un] livre éblouissant. Olivia de Lamberterie, Elle. »

Note : 4,5/5

Avis :  Malgré mon avis mitigé sur son dernier roman, j’ai néanmoins beaucoup apprécié la plume de Delphine de Vigan. C’est pourquoi, après avoir lu « D’après une histoire vraie », lire « Rien ne s’oppose à la nuit » était une évidence. Aujourd’hui c’est chose faite et le moins que l’on puisse dire c’est que cette lecture fera partie des moment qui auront marqués cette année…

« Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma mère » p. 18

Ecrire un livre sur sa mère, ou sur l’histoire de sa famille en général, est un exercice littéraire toujours périlleux. A l’inverse de la fiction, le récit autobiographique est un véritablement dépouillement où l’auteur se met à nu, se dévoile. C’est un exercice qui est également délicat car il peut faire sombrer l’auteur dans un récit complaisant, voire narcissique. C’est à cet écueil que beaucoup d’auteurs se heurtent de nos jours. En ouvrant la première page de ce livre, j’ai eu peur d’être confronté à ce type de littérature. En réalité il n’en est rien.

Rien ne s’oppose à la nuit est un roman où l’auteur va nous raconter sa mère au travers de l’histoire de la famille. Le roman s’ouvre sur la découverte de la mort de Lucile, la mère de la narratrice. La description est assez brève. Dans un premier temps, Delphine de Vigan va refuser l’idée d’écrire sur sa mère. Elle invoque notamment la volonté de la tenir à distance. Pour se persuader de ne pas écrire, elle liste ainsi les auteurs ayant entrepris ce chantier avant elle et se ravise en pensant aux innombrables obstacles auxquels se sont heurtés ces prédécesseurs. Néanmoins, un déclic va s’opérer lorsqu’elle comprend combien son écriture est liée aux fictions de Lucile.

« Je ne sais plus à quel moment j’ai capitulé, peut-être le jour où j’ai compris combien l’écriture, mon écriture, était liée à ses fictions, ces moments de délire où la vie était devenue si lourde qu’il lui fallait s’en échapper, où sa douleur n’avait pu s’exprimer que par la fable » p.18

Dès lors, pour mener à bien ce vaste chantier, Delphine de Vigan va se replonger dans l’histoire de la saga familiale pour mieux saisir sa mère et nous la décrire d’une façon objective, comme s’il s’agissait d’un documentaire. C’est grâce à ses oncles et tantes que l’auteur va mettre la main sur de précieux archives, sur divers supports.

Afin de mieux comprendre la déchéance de sa mère, le roman se divise ainsi en trois parties distinctes, lesquelles correspondent aux trois phases de sa vie. La première partie est consacrée à l’enfance de Lucile. On y découvre ainsi les premiers événements tragiques de la famille. Dans la deuxième partie, c’est l’histoire de la femme en tant que mère et épouse qui nous est contée. C’est une nouvelle Lucile qui s’offre à nous. J’ai l’impression que cette deuxième partie est capitale pour saisir « la chute », même s’il est incontestable que les explications prennent leurs racines dans le récit de son enfance. Enfin, dans la dernière partie, « on est en plein dedans ». C’est le dernier acte qui va s’étaler sur plusieurs années avant le dénouement funeste. Dans cette partie Lucile semble être guérie. On y croit, j’y ai cru.

« Lucile recommença à voir ses amis, à sortir avec eux. Lucile se remit à porter des talons. Lucile arpenta Paris avec ou sans nous. Lucile recommença à lire et à écrire. Lucile s’aspergea de Miss Dior. Lucile éclata de rire. » p. 329

Néanmoins, malgré son rétablissement apparent, la maladie va revenir. Lucile se donnera la mort, quelques mois seulement après celle de sa propre mère, Liane.

Rien ne s’oppose à la nuit est un roman bouleversant et incroyablement bien écrit. J’admire le travail de recherche de Delphine de Vigan sur sa propre famille. Le récit final apparaît sincère et ne tombe pas dans la complaisance. Même si des détails gênants sont révélés, la révélation de ceux-ci ne met jamais le lecteur dans une position de voyeur. Ces révélations sont toujours accompagnées d’un doute; différentes versions semblent plausibles. Malgré le caractère effroyable de ce doute, il permet de garder une certaine pudeur face à la cruauté de ces révélations insoutenables. Le lecteur n’en saura pas plus que ce qui est dévoilé. C’était assez troublant mais j’ai trouvé in fine que c’était appréciable. Dans la dernière partie du livre, malgré la gravité du thème (la maladie mentale), j’ai apprécié la légèreté de ton parfois employé (je pense plus précisément à l’épisode dans la chambre d’hôpital avec Barnabé – lorsque Lucile fait son apparition). Alors même que cette dernière partie est la plus sombre (compte tenu de ce qui va arriver), c’est aussi paradoxalement la partie où j’ai le plus souri. Mais la fin inéluctable a très vite fait effacer celui-ci. Même si je connaissais le dénouement, je me suis laissée piéger par l’émotion des dernières pages. En refermant ce livre je me suis sentie abattue mais à la fois soulagée ; cette histoire « illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence ». 

Livre Rien ne s oppose a la nuit de Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

 

« Avais-je besoin d’écrire ça ? Ce à quoi, sans hésitation, j’ai répondu que non. J’avais besoin d’écrire et ne pouvais rien écrire d’autre, rien d’autre que ça. La nuance était de taille ! » p. 77

 

Livre de Delphine de Vigan, rien ne s oppose a la nuit Livre Delphine de Vigan, Rien ne s oppose a la nuit rien ne s oppose a la nuit de Delphine de Vigan