« Seuls les enfants savent aimer
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour. 
Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.
A chaque seconde le cœur d’un enfant explose.
Tu me manque à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?  »

C’est une douce poésie, promesse d’une lecture enivrante, qui se dégage de la quatrième de couverture. Dès la lecture de ces lignes le rythme est donné et le sujet dévoilé : c’est l’histoire d’un petit garçon, d’un enfant, qui perd sa mère. L’auteur-compositeur-interprète Cali, Bruno Caliciuri de son état civil, nous offre ici un premier roman autobiographique sur un événement de toute une vie : la perte d’une mère.

 

« Seuls les enfants savent aimer » : un roman intime déroulé sous une plume pudique

Six ans. C’est l’âge où Bruno a perdu sa mère. Six ans. Cet âge marque également une étape importante dans l’enfance. Tel un marqueur spatio-temporel entre deux périodes, c’est un âge qui marque le passage de l’éveil maternel à l’apprentissage primaire. C’est par ailleurs vers cet âge – 6 / 7 ans – que l’enfant entre dans la période de la grande enfance, appelée aussi âge de raison. En d’autres termes cette étape temporelle est considérée comme le premier pas dans la cour des grands et le début d’un nouveau stade de logique de compréhension. Perdre sa mère à cet âge accélère-t-il ce processus de développement ? Ça fait quoi de perdre sa mère à l’âge où l’on est apte à comprendre la douleur affective ?

Avec ce premier roman, le chanteur Cali a choisi de revenir sur le drame de son enfance qui lui a volé une partie de son innocence. Dans « Seuls les enfants savent aimer » l’auteur raconte ainsi l’année écoulée après la perte de sa mère. De l’enterrement – « l’heure qu’il n’a pas vécue » -, jusqu’à ses sept ans, en passant par sa scolarité ainsi que ses vacances ratées en colonie on découvre ce qu’est le quotidien d’un petit garçon qui vient de perdre sa mère pour l’éternité. En replongeant dans ses souvenirs Bruno fait revivre l’enfant qui est en lui pour décrire avec justesse ses sentiments d’antan. C’est ainsi le petit garçon de six ans qui prend la plume et non plus le Cali adulte que l’on connait aujourd’hui. D’une écriture simple mais percutante, ce petit garçon nous raconte la mort, la douleur, mais aussi l’amour et l’amitié. La légèreté du langage contraste avec la gravité des thèmes abordés mais le recours au langage d’enfant permet au récit d’éviter l’écueil du pathos, ce qui est pour moi un bon point.

 

Mon avis

Quelque soit notre âge, perdre une mère est pour la majorité d’entre nous une étape marquée par une douleur incommensurable. Raconter la perte d’une mère dans un roman n’est pas une option pour tous mais pour certains ce passage semble nécessaire. A la réception du roman j’ai eu quelques appréhensions lorsque j’ai découvert le thème principal. En effet, le haut degré d’intimité dévoilée dans ce genre de roman fait souvent naître en moi la crainte d’être placée dans une situation de voyeurisme sentimental. Le fait d’aborder le récit sous le point de vue de Bruno enfant a cependant permis d’éviter cet écueil et j’ai fortement apprécier. Néanmoins, ce dernier point a par ailleurs été pour moi une source de difficulté dans ma lecture. En effet, j’ai eu du mal à accrocher avec le style de l’auteur, du moins au début de ma lecture. La narration d’un point de vue de l’enfant – et avec le langage en conséquence – a un peu entamé mon plaisir de lecture. Toutefois, c’est seulement plus tard dans le récit que j’ai pu apprécier la plume de l’auteur. En effet, plus on avance dans le récit et plus l’on perçoit une certaine poésie qui se dégage des lignes; une poésie qui rappelle les propres compositions musicales de l’auteur.

Dans l’ensemble j’ai été porté par les mots de Cali, par la poésie de ce roman qui se lit comme une chanson, même si le début de ma lecture n’a pas été convaincante. Mais une fois les cinquante premières pages passées le récit déploie toute sa puissance stylistique à l’instar d’un parfum qui se concentre avec le temps. Enfin, j’avoue avoir versé une petite larme d’émotion à la lecture de l’avant-dernier chapitre : ce passage du roman est tout simplement beau, indescriptible ! Je vous quitte avec un petit extrait de ce chapitre qui m’a touché (p.185) :

« Il est où, Dieu ?
Mes poings fous tambourinent sur la porte de l’église.
Celle de la mort. Des enterrements.
« Il est où, Dieu ? »
Pas de funérailles aujourd’hui. Pas de chagrin. Il dort quelque part enroulé sur lui-même, ailleurs.
« Il est où, Dieu ? »
Je dois Lui parler, seul à seul. Et comprendre. 

 

***

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« Les oiseaux ignorent nos sentiments ; ils sont nés pour chanter ; je vois deux rouges-gorges sur la branche d’un chêne immense. Ils fêtent l’été qui nous tend les bras. Chanteraient-ils sur un champ de bataille ? Sur la tête du condamné mis en joue ? Ils chantent. Ils se déploient dans la beauté de leur chant. » (p.111)

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« Je désire me noyer toujours plus dans cette tristesse ; qu’elle devienne arbre, prenne racine en moi, me pétrifie de douleur. Avec des larmes sur mes branches, sur mon tronc, sur l’herbe tout autour. Pourquoi ne puis-je pas pleurer davantage ? » (p.78)

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Merci à Benoit pour m’avoir fait découvrir la délicate plume de Cali !

 

Ouvrage :  « Seuls les enfants savent aimer », de Cali. 190 pages.
Editeur : le Cherche-Midi 
Genre : Fiction littéraire
Parution : 18 janvier 2018
Prix : 18€  en broché
A déguster avec : un ristretto