« Vin et Littérature ». Il s’agirait presque d’un sujet de thèse tant le domaine est vaste et parfois peu exploré. Le vin est pourtant un breuvage récurrent dans la littérature. Dans cet article il ne s’agit pas de revenir sur le mythe de Dionysos, ni d’évoquer Rabelais ou encore de paraphraser Baudelaire ou Apollinaire, non, j’avais envie, au travers de ce article, de vous partager quelques livres contemporains qui parlent de vin en toute simplicité. A l’heure où la période des vendanges est officiellement terminée dans la plupart des régions de France, je vous propose de prolonger la cueillette en vous présentant six livres d’horizons littéraires variés.

 

L’ivrogne dans la brousse, Amos Tutuola (Collection Continent Noir, Gallimard, 2000)

Quatrième de couverture : « «Je me soûlais au vin de palme depuis l’âge de dix ans. Je n’avais rien eu d’autre à faire dans la vie que de boire du vin de palme.»
C’est ainsi que le narrateur, qui se nomme lui-même «Père-Des-Dieux-Qui-Peut-Tout-Faire-En-Ce-Monde», se présente. Les 560 000 palmiers de sa plantation lui fournissaient suffisamment de vin de palme pour en boire quotidiennement plus de deux cents calebasses. Mais un jour son «malafoutier», l’homme qui lui préparait son vin de palme, tombe du haut d’un arbre et se tue. Voilà un bien grand malheur ; impossible de trouver un «malafoutier» aussi expert que le défunt, et la soif se fait sentir. Le narrateur décide donc d’aller chercher son «malafoutier» dans la Ville-des-Morts, et ce sont ses aventures dans la Brousse et le Monde des Êtres Étrangers et Terribles, qui constituent le sujet de ce récit écrit directement en anglais par Amos Tutuola, Yoruba de l’ancienne Nigeria britannique. Raymond Queneau s’est efforcé de rendre le caractère d’«art brut» de ce conte et les «contradictions» d’un des tout premiers romans africains. »

Pourquoi le lire ? Traduit en français par le romancier Raymond Queneau, « L’ivrogne dans la brousse » est un roman culte dans la littérature africaine contemporaine (l’auteur est nigérian). Dans ce premier roman, Amos Tutuola nous entraîne, au côté de son héros, dans la traversée folle de la brousse africaine, à la recherche du « malafoutier ». Il s’agit d’un conte initiatique d’un genre encore jamais vu dans la littérature africaine (mélange du style oral et parlé). En France il a inspiré des metteurs en scènes, notamment Guy Lenoir, pour  Ma vie dans la brousse des fantômes, créé au Festival d’Avignon en 1995, et Philippe Adrien, avec une adaptation directe du roman en 2005. D’autres artistes étrangers ont également été influencé par ce roman. Enfin, chose rare pour être relevée, il s’agit d’un des rares romanciers africains à écrire en langue anglaise. Ces derniers écrivent principalement en langue française.

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Un bon cru, Peter Mayle (Editions Points, 2006)

Quatrième de couverture : « L’Anglais Max Skinner a récemment hérité d’un vignoble et se délecte de la vie provençale. Il doit pourtant se rendre à l’évidence : le vin de sa propriété est à peine buvable… Max fait appel à un onologue pour améliorer son cru, mais l’expert semble avoir des pratiques viticoles et des méthodes de vente quelque peu douteuses… Dans la lignée de ses best-sellers provençaux, Peter Mayle s’attaque avec malice à l’amour inconditionnel que les Français portent à leurs cépages. »

Pourquoi le lire ? Si vous voulez savoir comment les étrangers nous perçoivent il faut lire Peter Mayle, un romancier anglais expatrié en Provence ! Ces livres sont un succès à l’étranger ! Dans « Un bon cru » Peter Mayle décortique notre amour pour le bon vin. Ce livre est une parfaite lecture pour l’été. Le roman se lit rapidement et l’on entend presque les cigales chanter.

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Le Rouge et le Blanc, Jean-Marie Laclavetine (Collection blanche, Gallimard, 1994)

Quatrième de couverture : « Un même amour du vin (cadeau des dieux, cadeau du diable) réunit et agite les personnages de ces dix nouvelles. Quoi de commun, sinon, entre un pêcheur à la mouche, deux jeunes dégénérés, une héritière sans états d’âme, un vigneron concupiscent, des amants d’un soir, un fantôme terré dans une cave, un père naïf et son fils rusé, un sorcier, deux copains comme cochons, un buveur en plein cauchemar, un curé mélancolique ? Tous ont une passion – joyeuse ou funèbre, passagère ou fatale, raisonnée ou délirante, érudite ou bestiale – pour le vin.
Qu’il fasse rire ou qu’il inquiète, c’est bien le vin, sous tous ses aspects et dans tous ses éclats, qui forme l’unique miroir de ces vies et leur donne leur coloration, leur acidité, leur saveur. »

Pourquoi le lire ? Ce recueil de dix nouvelles se déguste à raison d’une histoire par soir. Avec des titres aussi évocateurs que « Dans la cave », « Vendanges tardives »  ou « Question d’étiquette », chaque récit nous emporte dans une ambiance différente de la précédente. Tantôt sombre ou plus philosophique, la plume de Jean-Marie Laclavetine nous enivre de son lyrisme pour nous raconter le vin sous toutes ses coutures. Ce livre est mon préféré de la liste !

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Expédition nocturne autour de ma cave, Jean-Claude Pirotte (Editions Stocks, 2006)

Quatrième de couverture : « Ce voyage que propose Pirotte nous mène dans le seul continent qui mérite aujourd’hui encore d’être arpenté, car toujours inconnu : celui de l’homme, et des débats qui se mènent dans son cerveau. Le cerveau d’un lecteur, d’un amateur de vin, d’un esprit trop fin jeté dans un monde vulgaire qui le désole et l’étouffe. Quelles meilleures échappées à tout cela que celles que promettent le vin et la littérature ? Le premier ne va pas sans la seconde, et celle-ci n’est que sèche et morte sans celui-là. Se promener dans une cave avec Jean-Claude Pirotte c’est aller, en compagnie du meilleur guide qui puisse être et de sa voix incomparable, entre les livres et les fûts. Un voyage « par sauts et gambades » que n’aurait sans doute pas boudé Montaigne, puisqu’il y est question d’« humaine matière, d’amitié et de philosophie ». »

Pourquoi le lire ?  Amateurs de grande littérature, de bon vin, de poésie et de philosophie : c’est le seul livre qu’il vous faut ! Lorsqu’un poète parle de vin ça donne un texte aussi sublime que celui de Pirotte ! Jugez-en vous-même avec cet extrait : « L’énigme de la vie se perpétue dans la cave, et s’accomplit au cœur du clavelin, où mûrit en silence et sous les voiles protecteurs des tégénaires la liqueur paradoxale qui diffusera, lorsque le flacon s’éveillera à la lumière du demi-jour et du partage, ce « goût très fin d’éternel », qu’évoquait naguère Jean Follain. »

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Romanée-Conti 1935, récits de Takeshi Kaikō (Editions Picquier, 1998)

Résumé : « A Tôkyô, un dimanche après-midi, deux hommes absorbés dans la dégustation cérémonieuse d’une vieille bouteille de Bourgogne Romanée-Conti 1935, usant de gorgées comme ponctuations, poursuivent jusqu’à la lie le long texte désordonné de leurs souvenirs.
Voici une lecture éblouissante de la vie : on plonge avec délices dans l’intimité d’un grand vin, dans le secret de rêveries amoureuses, riches de la saveur d’un amour endormi, d’une femme aux contours effacés et au parfum évanoui. »

Pourquoi le lire ?  Pour goûter virtuellement ce légendaire rouge de Bourgogne à défaut d’avoir une bouteille chez soi ! Plus sérieusement, il s’agit d’une courte nouvelle qui nous transporte dans les souvenirs de deux japonais, un administrateur de société et un romancier, qui se retrouvent pour une dégustation cérémonielle d’une prestigieuse bouteille de Romanée-Conti 1935. Le rythme de dégustation est lent, presque religieux. L’atmosphère est propice au spleen, à la méditation. Si vous êtes un amateur de littérature japonaise ce livre devrait vous plaire.

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Les Gouttes de Dieu (tome 35)Tadashi Agi (Edition Glénat)

Résumé du tome 35 : « Le restaurant « Ma Famille », que Shizuku et Miyabi ont aidé autrefois, a de nouveau des ennuis : il est victime des méthodes déloyales d’un nouveau concurrent, le « Grand Cru ». Les deux établissements participent à une compétition télévisée, et dans le jury se trouve… Issei Tomine. Quant à Chris, son voyage le mène dans le Nord du Japon, à Hokkaido, pendant que son père, Charles Watkins, continue l’éducation œnologique de sa fille adoptive, Loulan… Dans quel but ? »

Pourquoi le lire ? « Les Gouttes de Dieu » est le manga sur le vin  le plus populaire en France. Riche de 44 tomes, ce manga a l’avantage d’aborder le monde viticole sous une forme ludique. L’engouement est tel que les auteurs ont reçu en 2010 le Grand prix de la revue des Vins de France. Je le recommande ainsi pour satisfaire une envie de lecture facile tout en explorant un nouvel univers littéraire sans prendre de grand risque.

L’histoire de fond est la suivante : Fils d’un grand œnologue mondialement reconnu, Shizuku Kanzaki ne peut toucher à l’héritage de son père qu’à la condition de découvrir les treize vins décrits dans son testament. Il apprend toutefois qu’il est en compétition avec Isseil Tomine, un jeune œnologue surnommé le Prince du Vin qui a été adopté par son père peu de temps avant sa mort. Qui des deux va remporter l’héritage convoité ?

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Voilà ce qu’il en est de cette petite sélection. J’espère que vous aurez trouvé votre bonheur. Si vous avez d’autres références n’hésitez pas à les partager en commentaire.

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